Décrypter l’intelligence vivante de l’émotion

Extrait d’une vie

La logique émotionnelle a éclairé l’illusion de ma pensée en passant par ma réalité corporelle.

Apprendre à me comprendre et à donner sens à qui je suis avec ce que je suis.

La peur me révèle mon besoin de sécurité.

Il m’est arrivé parfois de m’abreuver de connaissance et d’entrouvrir des portes pour gouter à la connaissance du corps. Cette fois ci j’en suis persuadée. Revenir au corps pour mieux me rencontrer. Sa structure, sa physiologie, son contour tout autour. Qui dit se connaitre dit s’expérimenter par le corps qui se lie à la pensée. Il vaut mieux peu de mots qu’un grand discours.

Le contact de la matière, mon ossature, ma chair peau/tissu, peau/tissu/sol, le contact par pression, par effleurement, par étirement, par la détente. Mon corps avec ses repères dans l’espace permet de me sécuriser et de m’assurer pour évoluer. Je m’écoute respirer, je me découvre de l’intérieur, cet univers inconnu qui devient connu peu à peu. Une danse à deux, moi et l’environnement. Moi et la montagne. Parfois je me laisse surprendre par des pentes douces ou raides. Des éboulis de pierre, des bouquetins ou des oiseaux de passage. Cette fois ci c’est lors d’une randonnée dont le passage du câble m’est conté. J’appréhende déjà ce qu’il risque de m’arriver.

Le moment venu, je laisse place à l’action. M’autoriser, oser vivre intensément. Trouver mes repères c’est aussi proposer à la peur de se vivre. Lui permettre d’apparaitre pleinement même si le saisissement m’oppresse, je prends appui tel un escargot. Je m’agrippe, je me hisse doucement tout en étant attachée, sécurisé pour plus de sûreté. Baudrier, encordée et conseil pour poser le pied sur la roche, je suis guidée. Je lève les yeux au ciel, espérant que ma tentative s’arrête. Mes mains transpirent, suintent et ma respiration se fait courte. L’escargot porte sur son dos sa maisonnette d’angoisse. Je suis saisie mais avance en me frottant à la montagne. Le trajet de 3 mètres me parait devenir 3 kilomètres. Arrivée en sécurité mes yeux sont fermés. Je me calme par grandes inspire et expire. Mon ami me dit « tu ne risques rien ici ». J’ouvre les yeux peu à peu. Je vois une pente verte progressive sous mes yeux. Je suis rassurée, assurée.

J’aperçois avec surprise d’un retour réalisé sans peine. Les mouvements de mon corps plus léger, mes yeux se promènent. Je me dis une nouvelle fois que le mental est sacrément cristallisé dans mes fantasmes et dans ma chair. L’expérience est à réaliser et à analyser.

Je me permets en effet plus de surprise. Mon parcours en moto a été lui aussi révélateur. Passagère d’un jour mais pas pour toujours m’étais-je dis. Immobile, les yeux fermés pour assurer ma sécurité. J’ai eu le temps de distinguer un esprit dispersé d’un corps présent assurément. Distinguer ce que je me raconte de ce que je ressens m’a permis de faire baisser la pression émotionnelle. J’ai le droit d’agir ainsi pour sauvegarder, conserver ma structure, ce que je suis m’a permis une nouvelle fois de baisser ma pression émotionnelle. J’ajoute alors une solution, la respiration ventrale, inspire et expire lentement et consciemment. L’apaisement se produit. J’ouvre les yeux et apprécie petit à petit le voyage avec encore quelques tensions. Peu à peu, les ronds-points, les dépassements dans les files me surprennent et je prends goût à être bercer à droite, à gauche tel une danse avec moi et l’autre.

De la négociation à l’éducation, pratique de la Logique Emotionnelle.

De tout temps l’homme s’est intéressé aux lois de la nature vivante. Aujourd’hui les chercheurs en neurosciences décrivent les règles, les lois qui concernent le fonctionnement humain tel que nous pouvons l’observer et le préciser à ce jour. Ces multiples travaux mettent en évidence combien notre cerveau est un formidable système adaptatif pour développer la vie.

A partir de ce fonctionnement de base, invariant pour tous, le Moi individuel pose ses règles, construites au fil des expériences et des mémoires, des fictions et des blessures du corps esprit. Quelles que soient les approches, psychiques, philosophiques ou anthropologiques, le Moi est un formidable système d’apprentissage qui permet le développement de la vie.

A première vue, les deux devraient plutôt bien coopérer et favoriser, autant en soi qu’avec les autres et le monde, de bonnes relations.

Alors, où est-ce que cela cloche ? D’où vient cet état de conflit, intérieur comme extérieur, cette pression à dominer, à regarder la fin du mois plus que la fin du monde, à abimer la nature, terrestre, animale et humaine, à (se) juger, à (se) dévaloriser ?

Comment comprendre cette tension intérieure, ce rejet de son corps en miroir d’une idéalisation d’un corps parfait ?  L’homme, cette espèce déboussolée décrite par l’anthropologue François Flahaut, n’est-il mu que par son hubris, son excès de prétention et d’égoïsme, son moi désirant avoir toujours et toujours plus, et donc débordant ? Ce regard sur nous-même nous porte vers une négociation sans fin avec nos actes, nos pensées, nos représentations, nos biais cognitifs, nos envies, nos besoins… Image d’un puits sans fond ! Nous nous épuisons à nous remplir mais en même temps dévaluons, doutons, annulons ce que nous faisons entre deux sursauts de colères contre soi ou les autres !

La Logique Émotionnelle propose un autre regard : le Moi déborde du fait de l’insuffisance d’attention et de conscience que nous lui portons.

Pour paraphraser le propos d’Albert Camus « un homme ça s’empêche, ou sinon…», ajoutons qu’un homme, ça s’éduque. Nous avons aujourd’hui la formidable opportunité de nous éduquer au fonctionnement de notre système nerveux, à la langue de l’émotion, et de mettre cette connaissance en pratique dans notre vie quotidienne.

Alors, est-ce que l’homme est mu par son hubris ? Oui, quand il se défend dans son urgence à exister. Pas de mal à ça, mais du mal survient à persévérer dans cette habitude. Mais déjà l’Homme s’est éduqué, et déjà nous nous empêchons… plus ou moins selon l’attention portée au Moi qui sent, qui éprouve, qui fait, qui pense. Bref qui existe.

Étudier la LE et apprendre à l’utiliser, c’est relier notre attention au moi vivant, opérant, désirant qui nous anime, et relativiser l’hubris automatique par une éducation volontaire à soi-même qui donne au Moi une valeur biologique en croissance en relation avec son environnement.  

Un trésor d’attention

Au détour du chemin, proche d’un étang, je vais où mes pas me portent, dans la douceur estivale du sous-bois.

Et si je rencontrais des éphémères ? Si j’en appelais une ?

Petite Ephémère,

Je t’imagine posée sur mes pensées, comme au bout de mon doigt.

Tu veux bien que je t’appelle Crystal, de la couleur de tes ailes ?

Et si tu pouvais me parler, que pourrais-tu bien me dire ?

Que tu as le don de silence comme j’ai celui de parole ? 

« Tiens donc ! quelle surprise ! » murmure une toute petite voix dans ma tête, « Tu fais attention à moi maintenant. Au lieu de te hâter d’aller satisfaire tes désirs d’humain, tu me reconnais ? »

Et bien ma chère, oui, je suis curieux de te parler…toi la représentante des premiers insectes, d’un ordre présent sur terre depuis 300 millions d’années, bien plus vieux que les primates et bien entendu que le jeune Sapiens et ses 70 000 ans.  Je lisais récemment qu’à travers tes yeux composés, tu perçois plus d’informations à chaque instant de ton environnement que les humains. Tu y as d’ailleurs intérêt : un moment d’inattention et te voilà la proie d’un oiseau, d’une libellule… Tes prédateurs sont nombreux, vifs et affamés.

« C’est vrai que vous humains vivez dans vos pensées.  Vous avez inventé des machines pour vous affranchir des vicissitudes matérielles, et plus vous vous en libérez, plus vous développez d’activités futiles, d’intérêt pour la fiction, et plus vous ignorez la réalité de ce monde que vous envahissez. Vous êtes en grande partie la source de ce qui vous menace ».

Mais nous nous développons en lien avec notre environnement, Il nous permet d’éprouver la vie en conséquence de notre sensorialité. Lui seul nous permet de répondre à notre désir d’existence.

« Eh bien tu l’oublies. Tu préfères laisser ton attention se porter sur les soubresauts des sociétés humaines, t’indigner de leur démesure. Tu te fascines pour les conflits, et laisses tes habitudes consuméristes renforcer ta peur de manquer, même quand tu disposes de quoi répondre plusieurs fois à tes besoins organiques. Tu es devenu le sujet de tes habitudes et tu les répètes automatiquement en les modulant bien peu ».

Nous sommes aussi intelligents, inventifs, créatifs. Nous allons trouver de nouvelles solutions….

« A condition que tu veilles à porter ton attention sur ce qui procède de la vie… Ton attention est un trésor qui peut te permettre de retrouver le chemin de plus de libre arbitre dans ce que tu fais. Peut-être devrais-tu songer à mieux en user ».

Ah bon…

« D’ailleurs, mon cher évocateur, je vais te demander de m’excuser de t’abandonner : toute mon attention aujourd’hui est réservée à mon amour d’éphémère, à cette autre que je dois rencontrer avant le coucher du soleil, pour que la vie continue au-delà de ma mort ».

Oh zut ! Mon amie d’un instant m’a quitté, j’ignore l’endroit où je me trouve dans la forêt, et je viens d’enfoncer mon pied dans la boue de l’ornière.

Sot celui qui délaisse sa boussole quand il se hasarde en chemin.

Venez apprendre comment La Logique Emotionnelle permet de reconnaître les solutions que nous mettons en œuvre pour répondre à notre désir d’existence, et comment nous pouvons trouver le ressort de nous adapter.

Points de vues en question

  •  « Evidemment tu n’es pas objective, c’est ton mari et tu le défends toujours.
  • Pas du tout, ça n’a rien à voir. C’est toi qui n’es pas objectif, tu es jaloux.
  • Je suis peut-être jaloux, mais toi tu as un voile devant les yeux qui t’empêche de voir ses travers, tu te fais des illusions.
  • Arrête, c’est toujours les mêmes histoires avec toi, tu as tort mais tu veux quand même avoir raison… »

Petite scène du quotidien où nous pouvons déjà entrevoir que ces deux-là vont avoir bien du mal à se comprendre, chacun restant sur son point de vue.

Nous connaissons tous la fable des aveugles qui donnent leur représentation d’un éléphant à partir de l’endroit où il le touche, puis se disputent lorsqu’ils échangent leurs idées, chacun voulant avoir raison, sûr de sa perception.

La morale de cette métaphore est que nous avons tendance à croire que nous avons une perception objective de la réalité alors qu’elle est fondée sur notre expérience subjective limitée, et, conséquence, nous avons tendance à mésestimer l’expérience subjective limitée des autres, qui a elle aussi sa part de vérité.

La connaissance selon laquelle notre cerveau est aux commandes d’une représentation du monde plus ou moins fictionnée est maintenant très répandue grâce à la vulgarisation des travaux neuroscientifiques. Jusqu’à entendre parfois que notre cerveau nous trompe ou encore nous joue des tours. Le cerveau serait un organe indépendant de nous ou capable de se berner lui-même ?

Entre penser sans discernement que nous percevons tout de la réalité et douter de tout car notre cerveau nous ferait prendre des vessies pour des lanternes, quel est le juste milieu ?

Le monde extérieur semble si complexe qu’en miroir notre système perceptif et interprétatif de la réalité est lui aussi très complexe. Pour donner sens, notre cerveau reconstruit les images, filtre les sons, et comme c’est un organe historique, fait de mémoires, il nous donne à voir et entendre « quelque chose » de suffisant pour nous adapter. Est-ce la réalité, toute la réalité ? Non. Est-ce que pour autant nous devons nous en méfier comme si rien n’était vrai ? Non plus. Entre les 2, il y a cette connaissance que nous sommes ainsi faits, ce qui peut nous aider à relativiser nos interprétations et nos croyances.

L’Institut de Logique Emotionnelle propose une approche qui intègre ces différents paramètres pour donner sens à nos émois et en faire des données utiles dans notre façon de conduire nos vies et d’entrer en relation. Il s’agit d’ajouter la conscience des causes structurelles qui donnent forme à nos représentations ! En effet, à quoi sert toute cette connaissance si nous l’« ignorons » dans notre façon d’être et d’agir ?

Savoir que nous interprétons et fictionnons notre rapport au monde nous rend plus humbles ! Nous voilà plus enclins vers des relations de coopération, au-delà de nos idéaux de liens sous la forme d’accords merveilleux qui, bien trop souvent évoluent vers des règlements de compte… Remercions notre aptitude à inventer des histoires -comme si elles étaient vraies- et à les partager.

Un désir fou d’être en lien

Entendre un proche, qu’il fasse parti de son entourage familial, amical ou professionnel, exprimer un ressenti de manque de lien est sûrement familier au lecteur.

Les mots qui racontent l’absence, la distance de l’autre ? Jamais là, trop occupé, égoïste, distant, pas assez attentionné, lointain, froid…

Les mots qui racontent le ressenti ? Abandonné, seul, inexistant, oublié, inintéressant, mort, exclu, perdu…

Aucun doute à avoir ! A écouter ces mots, l’humain est un animal social et il apparait évident nous avons toutes et tous besoin de lien.

Mais de quoi parlons-nous plus précisément quand nous réclamons du lien ou ressentons son absence ? Nous sommes évidemment tentés d’en chercher les causes dans quelques souvenirs passés de nos rapports aux autres, même si nous avons compris que nos souvenirs sont remaniés, fictionnés au fil du temps et de l’usage que nous en faisons. N’empêche, nous sommes accrochés au lien comme une nécessité vitale. Normal du point de vue de la mémoire de survie du nourrisson que nous avons été. Démesure du point de vue de l’adaptabilité de l’être en vie que nous sommes et de sa croissance.

Et si nous laissions parler la logique de nos émotions pour nous guider, telle une boussole pour donner un sens vivant à ce désir ?

Un constat d’abord : ce désir de lien est fondé sur l’expérience de vie et donc il est inhérent à l’existence même : nous sommes vivants du fait d’avoir expérimenté un lien, charnel durant 9 mois de gestation, nutritionnel et relationnel doté d’affection le plus souvent mais pas toujours, puis social. Nous empilons donc dans nos mémoires ces expériences, pour le meilleur que nous désirons conserver, pour le pire que nous désirons fuir ou contrôler et qu’à défaut, nous subissons.

Le lien existe. Comment il existe dans nos mémoires, nos habitudes et, à partir d’elles, dans nos ressentis constitue notre histoire et participe à notre sécurité intérieure comme à notre identité.

Contraint d’être en lien par notre nature même, structurelle, mémorielle, affective et sociale, comment faire bon usage des ressentis de manque et ressentiment ? Comment cette connaissance nous aide-t-elle de traverser les épreuves de la distance ou de la séparation ? C’est là que la boussole émotionnelle va nous aider.

En tout premier lieu, elle nous responsabilise sur le sens, la fonction des ressentis : la douleur éprouvée -le manque- nous signale un comportement inadapté pour répondre au désir d’exister en relation-lien- avec l’autre. Cet autre présent ou absent. A nous de prendre notre courage à deux mains pour nous rapprocher du « comment je fais lien ? »

Est-ce que je le vérifie ? je le contrôle ? je l’entretiens à tout prix ? j’attends de recevoir ? j’explique à l’autre mon besoin de lien ? je fuis dans l’espoir d’être suivi ? je me torture l’esprit à chercher pourquoi l’autre n’est pas plus en lien ?

Autant d’habitudes qui tendent à défendre le lien ou s’en défendre, au risque d’entretenir le ressenti de manque, et ajoutent à l’émotion primale, de peur colère tristesse, des sentiments de culpabilité, d’angoisse ou de violence puisque tel est le mécanisme bio-cognitif à l’œuvre chez chacun.

Et si nous ajoutions un petit pas de côté à ce que nous faisons ? Si nous remplacions le terme lien par celui de relation ? Car si le lien est biologique, la relation, elle, se cultive. Qu’est-ce qui me relie à l’autre ? Comment je me relie déjà à lui qui me donne un ressenti sur la nature de ma relation ? De quoi suis-je responsable dans ce rapport à autrui si ce n’est déjà de ce que je donne ?

« Sans doute, l’avez-vous remarqué : notre attente -d’un amour, d’un printemps, d’un repos- est toujours comblé par surprise ». Christian Bobin, poète et romancier

Le poète a ceci de merveilleux : il trouve les mots qui ouvrent l’espace d’une expérience indicible ou que, jusqu’alors nous n’avions pas su nommer.

Pour nous, défricheurs du système émotionnel pour lesquels la biologie est le langage du vivant, l’émotion ouvre aussi l’espace d’une expérience sensorielle, intime, vibrante d’un instant court de perte de stabilité face à un événement qui dérange notre ordre, attendu et anticipé de certitudes. Si nous négligeons cette expérience corporelle, elle prend le pouvoir sur notre conscience et s’impose dans l’agitation, les cris ou le silence, avant de se prolonger dans le temps dans des habitudes et de générer force ressentis et projections dans un futur nourri de passé. Criante ou subie dans le silence, l’émotion déjoue nos attentes et nous comble par surprise. Comme si elle savait mieux que nous l’orientation de notre existence.

Le poète, comme l’écoutant en Logique Emotionnelle, est celui qui aime les surprises, celles qui saisissent le corps pour le rendre plus sensible, plus malléable, plus accueillant envers sa propre capacité adaptative et sa croissance. Plus accueillant ainsi envers les autres et un monde en transformation par nature.

Le poète, comme l’écoutant, se fie au langage comme à un ruisseau qui court : il suit le sentier car celui-ci, sans vraiment savoir où il va, sait pourtant le chemin vers l’existence. Même si, bien souvent, la voie tortueuse est semée d’embûches et l’énergie à fournir démesurée.

Le bon sens de l’émotion, dans son langage vibrant de désir d’existence tant physique que cognitif, est doté de capacités adaptatives stupéfiantes : savoir, enfin, le langage de l’émotion nous fait prendre le risque d’être comblé… par surprise. Comme inspiré.

« Ne rien prévoir, sinon l’imprévisible, ne rien attendre sinon l’inattendu » Du même auteur dans le même ouvrage.

Le compliment sous le regard de la L.E

Que nous soyons adulte ou enfant, que ce soit dans nos vies professionnelles, nos vies amoureuses ou nos vies familiales, comment comprendre que recevoir un compliment se traduise souvent par une gêne ou un embarras ?

Lorsque le compliment est donné, il vient révéler la manière dont nous le recevons.

Par son effet de surprise, il réactive un processus profond, émotionnel, très archaïque qui nous pousse à réagir : par exemple, nier ce qui a été donné par un « ce n’est rien », le réfuter ou encore l’accepter avec un timide « merci ». Autant de réactions plus fondées sur une logique de survie (la biologie) que sur une réflexion cognitive.

De plus, dans la mesure où le compliment est un regard d’évaluation que pose l’autre sur nous, il parle de l’effet qu’a sur nous ce regard. Il vient souligner une qualité, une puissance et par la même occasion, suggérer nos faiblesses, voire notre vulnérabilité.

Nous sommes alors amenés à nous questionner sur l’intention de son auteur :

  • Est-ce un proche qui par sa parole de valorisation vient se narcissiser lui-même ?
  • Est-ce un manager qui applique une simple technique pour être conforme à ce que ses supérieurs attendent de lui ?
  • Est-ce un moyen pour l’émetteur d’attendre quelque chose en retour ?

Le compliment peut même entrainer un effet  »d’addiction » quand notre attention est automatiquement orientée vers la reconnaissance ou une évaluation positive. Se manifestent en conséquence une angoisse du manque et une pression de performance : l’enfant, et plus tard l’adulte, s’imposent un certain niveau pour favoriser le compliment, la validation, le regard de l’autre aux dépens de la valeur de sa propre expérience.

L’autre n‘a même plus besoin de dire quoi que ce soit que nous nous demandons déjà si nous allons lui plaire au point de provoquer un compliment. 

La Logique Émotionnelle, en nous renvoyant à porter attention à notre expérience, permet de déconstruire l’attente du regard de l’autre et du compliment. 

L’un et l’autre se rencontrent : nous nous intéressons l’un à l’autre et nous portons notre attention ensemble sur l’acte qui a été fait, que ce soit dans le cadre professionnel ou personnel. Il s’agit alors d’une attention portée sur une réalisation que l’on peut regarder et qualifier ensemble, voire décortiquer ensemble. Il y a du concret, du réel que nous considérons alors comme fiable, donc comme source de sécurité, donc comme source de confiance.

Ce temps passé ensemble nous apprend quelle est notre singularité, notre distinction. 

Prenons l’exemple d’un dessin d’enfant. Il est important pour le parent d’aller rencontrer l’enfant dans son expérience qu’il va valoriser. C’est là que l’enfant peut se sentir reconnu. On peut demander à l’enfant qu’est-ce qui a été le plus difficile à faire ? Pourquoi le bleu du ciel ? L’enfant peut alors se dire : « Il s’est passé quelque chose chez moi qui fait que je reçois ce regard et cette interrogation de la part de l’adulte. » Et ça, c’est vraiment édifiant, au meilleur sens du terme.

À cette attention sincère, répond en général quelque chose de l’ordre d’un plaisir partagé parce que dans le compliment, il y a une histoire de plaisir.

Il s’agit alors d’écouter vraiment la parole qui complimente. Puis de se laisser éprouver par elle. Être attentionné à l’expérience sensorielle présente, pouvoir écouter cette expérience sensorielle, fait que nous pouvons manifester de la gratitude envers l’autre : un sourire, un geste, un regard appuyé qui dit quelque chose de la façon dont nous accueillons tranquillement ce don qui nous est fait.

Gratitude

L’intelligence des émotions est à l’œuvre à chaque instant, avec une dimension corporelle, très animale : les sens en éveil, prêt à réagir, qui nous rappelle au présent, et une dimension plus mentale, à la fois, subie lorsqu’elle « s’emballe » (Nous pouvons nous y enfermer jusqu’à l’épuisement) et réfléchie lorsque nous ralentissons en conscience.

Ce matin, juste l’envie de m’arrêter quelques instants sur ce mot de « gratitude », le contempler, le déguster, le savourer et le partager avec vous à l’aune d’une récente expérience vécue, de la simple présence à ce qui est : avec toute la réflexion qui émerge naturellement et la simple ouverture à soi, ainsi qu’au monde environnant.

Quatre jours, quatre petites journées au milieu d’une étendue vierge à perte de vue sur le causse et d’un troupeau de chevaux sauvages, à observer la nature à l’œuvre, l’organisation et les relations entre ces équidés. D’un côté, les « familles » avec les étalons, les juments et les jeunes poulains et pouliches. L’étalon protège son groupe des visées d’autres étalons et le régule. Les juments veillent et éduquent les jeunes et parfois mènent le groupe vers d’autres pâturages ou points d’eau. Et puis, de l’autre côté, les groupes de « célibataires » réunissent des mâles devenus adultes « sans famille », chaque groupe a son chef et les jeunes jouent « à la bagarre ».

L’observation des chevaux dure des heures et le temps n’a pas de prise. Bercée par le vent, la lumière, quelques nuages et la perspective. Les sens sont en éveil jusqu’à en être saoule. Guettant le moindre détail, le moindre mouvement, les moindres changements de positions nous identifions chaque animal, son comportement et le sens de ses interactions.

Et là, au beau milieu de « nulle part », alors que je me pose milles questions : d’où viennent ces chevaux ? comment la paléogénétique peut nous éclairer sur l’évolution des espèces équines et la relation avec l’homme ? quel sens donner à leurs représentations rupestres ? que signifie « sauvages » ou « domestiques » ? pourquoi ne pas interagir avec eux, même pour des soins ? quels sont les biais de l’anthropomorphisme ? qu’est-ce que leur organisation et leur évolution nous apprend sur l’homme ? …, émerge une évidence : ils n’ont pas « besoin » de nous, la vie est là simplement !

J’en éprouve une immense Gratitude, comme une sensation chaleureuse et vibrante, un sentiment de plénitude et une profonde reconnaissance.

Quatre jours plus tard, j’anime un groupe d’une quinzaine de personnes dans le cadre d’un parcours de formation. Le deuxième jour, il est 16 heures, ils s’excusent et me font part de combien chacun se sent fatigué, épuisé, stressé. Les traits sont tirés et les postures sans énergie. Désemparée, ne sachant comment finir cette journée, mon ventre « se noue », quand me vient un calme profond et à nouveau une évidence : la « gratitude » !

Je les remercie et leurs propose de finir par l’écriture d’un mot de gratitude à chacun des participants. Après quelques réticences et hésitations, chacun se concentre et le changement s’opère petit à petit. Cela finit en échanges enthousiastes, en lecture apaisée, réfléchie et amusée…. GRATITUDE.

La gratitude nous reconnecte au moment présent, à nos sensations. Nous portons notre attention sur ce qui nous fait du bien, sur ce que nous apprécions. La gratitude c’est également ce sentiment de reconnaissance et d’affection envers une personne que je peux lui exprimer. Elle vient répondre à notre désir d’appartenance et de renforcement du lien avec l’autre.

La logique émotionnelle vient éclairer ces différents mouvements et langages des émotions au service de notre élan de vie. Gratitude !

« Vous parlez de biologie. Mais encore? »

Il est des mots qui sont tellement chargés de sens et de représentations variées que leur signification réelle se fond en elles. Leur polysémie, c’est-à-dire le caractère d’un mot qui possède plusieurs contenus, brouille l’écoute de son sens radical.

C’est sans doute ce qui se joue quand nous utilisons, lors de conférences ou de formations, le terme de biologie, mais aussi celui de corps.

Spontanément, la biologie est ainsi assimilée à la physiologie qui étudie les fonctions de chaque organe du corps. Quant à celui-ci, il est assimilé à cet espace sous la tête, sous le cerveau et soi-disant gouverné par lui.

Pourtant, quand nous, praticiens en logique émotionnelle, utilisons ces mots, ceux-ci ouvrent un espace de connaissance radicale, celui des racines qui constituent notre existence. Celui de notre Nature dans laquelle se déploie et s’organise nos Cultures.

Deux majuscules qui invitent à nous émerveiller du processus même de la vie.

Pratiquer la LE, c’est se souvenir à chaque instant de cette réalité qui nous constitue et c’est donc transmettre que nous sommes mus et émus du fait d’être biologique, et non un être biologique ! La biologie décrit, au mieux de nos capacités et de nos moyens techniques, la logique du vivant, le langage de la vie, en soi et dans nos relations avec notre environnement. Elle cherche à décrire les lois de la vie, ces invariants grâce auxquels nous sommes et demeurons en vie. Ce sont ces invariants qui, comme les lettres d’une langue, permettent d’écrire nos façons multiples d’exister, sur le court terme automatique, comme sur le long terme de nos mémoires. Quand tout va bien dans nos vies, ces lois nous plaisent, mais peuvent vite nous déplaire quand se manifestent des douleurs, physiques comme psychiques. Elles n’en demeurent pas moins des lois de la vie.

Quant à l’usage du terme « corps », juste un rappel de bon sens : la tête et son contenu, le cerveau, sont une partie du corps ! Le système nerveux se diffuse jusqu’au petit doigt des pieds. Au point même de ne plus se sentir que « doigt de pied » quand nous avons heurté celui-ci contre un objet plus solide que lui et que nous souffrons atrocement !

La vie répond à des impératifs pour demeurer. Des impératifs bien souvent contre-intuitifs, c’est-à-dire en désaccord avec l’expérience immédiate et intuitive, mêlée de biais cognitifs. Par exemple, nous interprétons ce que nous percevons et éprouvons de l’environnement sans réaliser l’élan vital qui nous anime. C’est toute l’importance des sciences dites dures, celles qui résistent à notre volonté que les choses soient selon ce qui nous arrangerait. 

Nous fondons notre écoute sur ces lois pour restituer le sens vivant de l’expérience.Nous tenons ce discours et faisons de notre mieux pour le transmettre alors que la plupart des personnes souhaiteraient entendre ce qui correspond justement à ce qui les arrangerait.

Mais nous tenons bon, car la liberté et la responsabilité se fondent en premier lieu sur la biologie du vivant avant de constituer des éléments psychiques et culturels.

Ces propos vous intriguent ? Venez nous rejoindre au module « Explorer les émotions avec les neurosciences » du 23 au 25 septembre 22

Des vacances pile comme il faut

Les vacances d’été…. Je les attends avec impatience, puis je les savoure avant de les évaluer sitôt rentrée :  ont-elles été assez longues? me suis-je assez reposée ? ai-je assez profité ? Assez, assez… mais à quoi sert de me poser cette question du « assez » ?

Arrêt sur le mot et plongée dans le dictionnaire. « Assez » évoque l’intensité dans ce qu’elle a de suffisant. Est-ce que cette interrogation sur le suffisant renverrait à une insuffisance, et donc à un manque ? M’interrogerais-je donc sur un manque en mesurant le assez ?

La LE m’a enseignée que le manque pouvait ensuite générer un désir d’avoir toujours, avec le risque de vouloir y répondre « toujours », et coûte que coûte.

Mais à quoi peut bien me servir de me poser la question après coup ? Je sèche… Je choisis alors de questionner une habitude plus simple – ai-je assez mangé – et ainsi m’offrir l’opportunité d’accéder à mon ressenti. Là, je peux mieux évaluer la suffisance, ou l’insuffisance et regarder ce que j’ai fait pour garantir d’avoir « assez mangé » : j’ai pris de chacun des plats sur la table, je me suis resservie, je me suis coupée un morceau de pain… Une fois que tout cela est consommé, englouti je vérifie que c’est suffisant. Ce pourrait-il que pour répondre à un désir d’avoir « toujours » de la satiété ou de l’énergie ou du contentement je mesure si c’est « assez » ?

Je reprends ma réflexion là où je l’ai laissée et me demande si, en interrogeant après coup le côté suffisant ou profitable de mes vacances, je ne satisferais pas un désir d’avoir « toujours » de la vitalité, du tonus, de l’allant… peut-être en prévision de toutes ces choses auxquelles j’ai pensé durant l’été et que j’ai envie de mettre en place à la rentrée.

Alors voilà à quelques jours du grand départ, je vous souhaite une pause estivale suffisamment longue et reposante, joyeuse et ressourçante pour que vous nous retrouviez à la rentrée avec une pêche d’enfer !

Caroline Wietzel